Société d'Etude de la Littérature Française du XXe Siècle

Le sonnet au risque du sonnet


Equipe de recherche « Poétique des genres et spiritualité », Université de Franche-Comté
Date de l'événement : 9-11 décembre 2004
Contacter : Bertrand Degott


« Saint-Pierre des vers », écrit Verlaine, « un temple-labyrinthe » ajoute Guillevic : la dimension sacrée que révèlent de telles métaphores suffit-elle à expliquer le mélange de fascination et de répulsion qu'exerce la forme du sonnet ? Dans son Évolution du sonnet français (PUF, 1996), André Gendre a bien mis en valeur jusqu'à quel point une poétique diachronique doit tenir compte des détournement dont le sonnet fait l'objet. Si Ronsard déjà, dans la Continuation des Amours (1555), déroge aux contraintes du sizain et à la règle d'alternance qui faisaient l'unité du recueil de 1552, les Poèmes saturniens de Verlaine (1866) attestent en mineur des variations formelles appréciées par l'époque. On peut dans le même esprit signaler deux sonnets de Shakespeare écrits en rimes uniquement féminines, noter la grande variété formelle des Sonnets à Orphée de Rilke, etc.

Qu'est-ce qui fascine le poète ? est-ce le grand nombre de contraintes du genre ou la perfection d'une idée dont il n'atteindrait jamais que des formes ? et se pose alors bien sûr la question des rapports du sonnet au recueil : s'il appelle plus qu'une autre forme au recueil constitué, est-ce en termes de prédominance du même, est-ce au contraire au mélange ? Qu'est-ce qui le repousse aussi ? qu'est-ce qui pousse le poète contemporain à l'infraction et au détournement, comme si le sonnet au même titre que le vers était désormais inefficace et caduc. Il est probable que la norme n'existe -- en poésie comme ailleurs -- que pour être transgressée, que parce qu'elle est transgressée ; dans quelle mesure cela s'applique-t-il aussi à la forme - au genre - du sonnet ? le sonnet ne s'affirme-t-il pas d'autant qu'il est mis en danger ? peut-on fixer un point où il risque de se perdre, une limite au-delà de laquelle répulsion ne signifie plus fascination ? telle pourrait être la problématique de ce colloque où l'on se propose d'interroger les avatars et les détournements d'un poème qui - peut-être parce qu'il a toujours réuni beaucoup de partisans - n'a jamais fait l'unanimité... On voudrait ainsi étudier le sonnet entre la théorie qui codifie et la pratique qui modifie, comme l'enjeu d'une dynamique - conjointe et/ou contradictoire - de la norme et de la forme, s'interroger à partir de la proposition de Jacques Roubaud, « la contrainte idéale ne suscite qu'un seul texte », prendre en compte si possible les problèmes de la traduction. Persuadé que toute précision de discipline limiterait le champ de réflexion et soucieux d'étudier le sonnet dans sa plus grande extension, on souhaite donner à ce colloque une dimension à la fois pluri-séculaire et pluri-linguistique, et justifier ainsi son caractère transdisciplinaire. La langue du colloque reste cependant le français.

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