Jean-Yves Laurichesse, Richard Millet. L'invention du pays, Rodopi, mars 2007.
L’œuvre de Richard Millet, né en 1953, s’impose aujourd’hui comme l’une des plus importantes de ces vingt dernières années. L’objet de ce livre, le premier qui lui soit exclusivement consacré, est d’en éclairer la profondeur singulière, en montrant comment elle dépasse à la fois la géographie et l’autobiographie dans une véritable invention du pays, au double sens de création littéraire et de mise au jour d’un territoire secret. Pour en établir la genèse, il était indispensable de remonter aux livres brefs de la première période, trop souvent négligés au profit des grands romans publiés à partir de La Gloire des Pythre. On suivra donc d’abord le cheminement obstiné d’une écriture entre « matière de Corrèze » (Viam et le plateau de Millevaches) et « matière d’Orient » (les années d’enfance au Liban), dans un dialogue du natal et du lointain qui rend possible le passage au roman. Puis, l’étude du territoire de « Siom », tel que le fondent et l’explorent les cinq romans publiés de La Gloire des Pythre à Ma vie parmi les ombres, sera conçue comme celle d’un « pays apocryphe » (selon Faulkner), nourri des souvenirs et de l’imaginaire du romancier, entre restitution et légende, dans la riche polyphonie des voix narratives.
Jean-Yves Laurichesse, Professeur de Littérature française à l’Université de Toulouse-Le Mirail, a publié Giono et Stendhal. Chemins de lecture et de création (Publications de l’Université de Provence, 1994), La Bataille des odeurs. L’espace olfactif des romans de Claude Simon (L’Harmattan, 1998), et dirigé de nombreux ouvrages collectifs.