Société d'Etude de la Littérature Française du XXe Siècle

Le roman du temps, le temps dans le roman du XXe siècle


Institut Supérieur des Langues de Tunis
Date de l'événement : 1-30 novembre 2004
Contacter : Mohamed Ridha Bouguerra rs_bou@yahoo.fr


Grâce à Marcel Proust, la problématique de la temporalité et l’écriture du passé ont envahi le champ du romanesque au XX e siècle au point que l’on a pu qualifier A La Recherche du temps perdu de ‘’roman du temps’’. L’ancrage du récit dans le monde des souvenirs et le rappel d’une époque lointaine dont la présence s’impose, brutalement, à un personnage constitueraient même une des caractéristiques du roman contemporain comme en témoignent, à titre d’exemples, les oeuvres de Claude Simon et de Michel Butor. La résurrection du passé grâce à la mémoire peut, alors, être fidèle jusqu’à l’hallucination ou, au contraire, partielle et décevante. L’imagination, dans ce dernier cas, prend souvent le relais de la mémoire déficiente pour combler les lacunes béantes laissées dans la trame des souvenirs. Nombreux sont ainsi les récits qui aujourd’hui, comme dans les récents ‘’narrats’’ d’Antoine Volodine, sont basés sur ce principe d’un passé à reconstruire malgré l’apparente incapacité d’une mémoire blessée à assumer pleinement son rôle. Mais quel besoin préside à ce traitement du temps, à cette laborieuse et épuisante poursuite de fantômes évanouis ? Que peut-on escompter de la nécessaire confrontation entre le passé et le présent qu’engendre cette plongée dans un univers considéré jusque-là comme disparu à jamais ? La saisie d’une identité fuyante et d’un moi menacé de dispersion dans une durée discontinue ne pourrait-elle pas représenter le principal enjeu de cette quête qui constitue, somme toute, le meilleur témoin de la sauvegarde du passé ? Le travail de la mémoire ne garantit-il pas ainsi la permanence et la continuité du sujet ? La recherche obsédante du temps perdu comme matière romanesque ne vise-t-elle pas essentiellement le salut par l’art ? N’est-ce pas là donc une forme de la lutte contre le mouvement incessant du temps qui nous emporte inexorablement vers la mort ? Sous jacente à la préoccupation par le temps, n’avons-nous pas, finalement, la révélation d’une métaphysique ?

C’est pour tenter de répondre à ce genre de questions comme pour étudier plus largement les différents modes d’inscription du temps et de l’histoire dans le roman du XX e siècle ainsi que leurs significations que le Département de Langue, Littérature et Civilisation françaises de l’Institut Supérieur des Langues de Tunis organise un colloque international les 25 et 26 novembre 2004. Le colloque projeté a pour ambition de revisiter la problématique de la temporalité à la lumière des écrits de Georges Poulet, Paul Ricœur et Harald Weinrich, entre autres, afin d’aborder les récits contemporains qui mettent particulièrement en oeuvre l’écriture du temps.

Le traitement du passé dans ses rapports avec l’esthétique romanesque et comme principe organisateur du roman du temps, la représentation dans le récit de l’activité mémorielle et de la recomposition du puzzle des souvenirs à partir des lambeaux d’une mémoire brisée, les implications philosophiques, voire métaphysiques, que suggère la remémoration, les finalités attendues de la renaissance_ bénéfique ou traumatisante_ des jours anciens, la rétroaction qui découle de celle-ci pour le sujet se souvenant, sont là, à titre indicatif, quelques-uns des axes autour desquels la réflexion pourrait s’exercer.

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